jeudi 22 septembre 2011

"Propaganda" par HADOPI

L'ALPA appelle à voter Sarkozy, uniquement pour sauver HADOPI, et indépendamment de tout ce qu'il a fait. HADOPI sera donc un point important dans la campagne.

Voici que HADOPI nous sert à nouveau une bonne part d'Emma Leprince.


Hadopi expliquée



En passant, celui qui a mis cette vidéo en ligne affirme qu'elle est à destination des enfants, sans doute parce que c'est un dessin animé. Je ne suis pas d'accord car il y a des termes techniques comme WPA et WEP, que des enfants ne vont certainement pas comprendre.

Selon ces spots, plein d'artiste ne pourront pas créer sans HADOPI. C'est magnifique de voir que le budget faramineux de la HADOPI sert à justifier l'utilité de sa propre existence. Comme le dit la blague sur le travail : 20% du temps est du travail réel, 80% faire savoir qu'on a travaillé (à moins que ce soit 5% et 95%...).

Voyons en quoi HADOPI aiderait la création...

Emma Leprince ou la cas de la musique

"Artiste + Œuvre = Travail" : Bizarre comme équation. Le "égal" est proprement faux, car a la fin l'artiste est toujours là. J'aurais plutôt dit "Artiste + Travail = Artiste + Œuvre". Et encore, l'opération n'est pas réversible. Il vaut mieux utiliser autre chose : "Artiste + Travail --> Artiste + Œuvre"

Donc un artiste c'est comme un docteur, un boulanger ou un ingénieur. Sauf que la méthode de paiement n'est pas la même. La comparaison s'arrête assez vite. A moins que HADOPI ne prône ce que veulent le américains : que les artistes soient payés à la prestation par le producteur-éditeur, et que ce soit lui qui touche toutes les royalties. Dans ce cas-là, oui c'est pareil.

Mais on apprend tout de même qu'être artiste, c'est bien plus cool que tous les autres métiers. Notre jugement de valeur n'est clairement pas le même. Est-ce très enviable de mourir d'overdose étouffé dans son vomi, ou d'arrêt cardiaque.

"Tout travail mérite salaire." La bonne expression. Donc on passe d'idées de droite ultra libérale, à la très marxiste valeur-travail. Rappelons que les pires contrats de travail sont ceux des artistes. C'est bien de défendre le salaire des artistes, mais il faut commencer par leur donner plus de garantie et de stabilités dans leurs contrats de travail, surtout quand ce sont plus des techniciens que des artistes à part entière. Par exemple, les standardistes de TF1 sont embauchés avec des contrats "artistes". Le contrat artiste permettant à l'employeur de virer l'employé sous prétexte d’insuffisance artistique (un critère non objectif), c'est le contrat le plus instable en France.

Ensuite, on nous présente "la chaîne de la création". Le mot "chaîne" fait plus penser à un système industriel qu'artistique. Il y a en effet des prestataires techniques autour de la musique, de la télévision et du cinéma. Mais les producteurs sont les premiers à ne plus les utiliser, dès que la technique le permet. Par exemple, la réduction de la taille des caméras et des micros, permet d'utiliser moins de personnel. Les autres intermédiaires, ce sont les réseaux de distribution. Mais comme l'eau en bouteille, l'eau du robinet coûte moins chère. Internet distribue de manière moins polluante les films, la musique et les jeux-vidéo. Il y a des métiers qui disparaissent (comme libraire, disquaires) et d'autres qui se créent. C'est la vie.

Visiblement, le seul moyen de rémunération des artistes, c'est nous quand on achète un album... Sauf que c'est faux. Quand on regarde bien la répartition du prix d'un album, on a dans l'ordre des tailles :
- l'éditeur-producteur
- le réseau de distribution
- l'état (TVA)
- le ou les artistes

Et encore, quand l'éditeur ne facture pas à l'artiste, la photo de la couverture de l'album, le vidéo-clip, les CD promotionnels, et tout ce qu'on peut inventer, il a peut-être l'espoir de toucher quelques centimes, quand il vend un million d'album en étant auteur-compositeur et interprète.

Heureusement qu'il y a les concerts où l'artiste est payé directement à chaque concert. C'est sa notoriété qui fait alors sa valeur. L'artiste a largement intérêt à ce qu'un maximum de gens écoute sa musique, même gratuitement, pour pourvoir s'attirer plus de monde à son concert et se garantir de meilleurs cachets.

Sachant que le système de distribution actuel rapporte beaucoup au réseau de distribution et très peu (ou vraiment rien) aux artistes, la distribution totalement gratuite sur Internet semble être une alternative plus qu'acceptable.

On nous dit ensuite que l'artiste devrait pouvoir choisir de ne pas diffuser gratuitement ses œuvres. Il y a là un grave mensonge. Car un artiste inscrit à la SACEM, n'a pas le choix ! La phrase sous-entend que l'artiste peut choisir l'inverse, c'est à dire de diffuser gratuitement ses œuvres par Internet. Or la SACEM lui interdit même de mettre des morceaux sur son blog ! A partir du moment où vous êtes inscrit à la SACEM, toutes vos œuvres sont soumises au bon vouloir de la SACEM. Et même si vous n'y êtes pas, elle collectera tout même vos royalties, et se les mettra discrètement et légalement dans sa poche, si elles ne sont pas réclamée.

Note de dernière minute : la SACEM s'apprête à accepter les licences Creative Commons !

Ensuite, on nous rappelle que les artistes nous émeuvent et qu'on les aiment. Pour ma part, c'est faux : c'est leur musique qui me plaît. Les artistes eux-mêmes sont parfois pédophiles, drogués, préfèrent les hommes, appellent à voter Sarkozy, paient leurs impôts en Suisse, font plein de choses détestables. Je n'en connais pas personnellement, mais ils sont sans doute très détestables pour la plupart. Il ne faut pas confondre, l'acteur et son rôle, le chanteur et sa chanson. Le fait qu'il chante bien ne pardonne en aucun cas ce qu'il peut faire de mal par ailleurs.

Conclusion du spot : grâce à HADOPI, Emma Leprince pourra composer sa chanson en 2022. Ben en fait je ne vois pas le rapport : elle pourra toujours composé sa première chanson, avec ou sans financement. Ni HADOPI, ni la SACEM, ni tout autre organisme représentant les artistes n'a aidé qui que ce soit à prendre des cours de musique et de chant, pour composer une première chanson, surtout la première !

Tue-moi à Gage ou le cas du cinéma

Le cinéma a un système de distribution particulier, puisque les films sont d'abord distribués en salle, puis en vidéo sous différents formats, avant de passer à la télévision.

Notez que le dernier format de diffusion est gratuit. J'inclue d'ailleurs le dernier format de diffusion : le streaming gratuit rémunéré par la pub.

Mais revenons au premier : le confort d'écoute et de vision dans un cinéma n'a rien à voir avec celui qu'on a chez soi. Malgré l'inutilité de la HADOPI, jamais les gens ne sont autant allés au cinéma. Chaque année depuis 10 ans, le record de fréquentation des films est battu, et ce n'est pas un phénomène isolé dû au "Ch'ti" : les gens ont vraiment envie d'aller au cinéma, peu importe le film.

J'aurais même tendance à dire que c'est grâce au téléchargement que les gens ont pris goût au cinéma. La baisse de leur budget en cassette-vidéo et DVD sans diminuer leur consommation de vidéo, a permis de dégager de l'argent de toute façon alloué au loisir. Car le budget loisir des ménages ne monte pas ni ne baisse. Un téléchargement illégal n'est pas une vente en moins, c'est en fait un achat qui est reporté ailleurs. C'est ce que n'ont pas compris les défenseur de la loi HADOPI. Au lieu d'acheter des disques, les gens vont aux festivals de musique et aux concerts. Au lieu d'acheter des DVD, les gens vont au cinéma ou au théâtre.

La consommation gratuite de vidéo, donne envie d'aller au cinéma, ce qui crée un cercle vertu, entre le cinéma et le téléchargement.

Le pire dans ce système, c'est que les majors l'ont compris : elles ont inventé les contrat "360°" qui inclut une part sur les cachets des artistes lors des concert.

Ensuite nous apprenons que PUR signifie "promotion des usages responsables". Ils parlent aussi de "consommation durable". Ils recyclent des termes de l'écologie moderne qui d'ailleurs n'ont qu'un sens commerciale. Les mots "durable" et "responsable" juxtaposés à n'importe quoi donne une impression d'écolo aux pires choses. Auront-on bientôt du "pétrole responsable" ? Ou du "gâchis durable" ?

Méfiez-nous des sites sans ce sigle... Malheureusement, des sites légaux ont décidé de ne pas afficher ce sigle, car les internautes estiment que c'était une forme de soutien à cette loi débile. Ce n'est donc pas gagné !

Rock Secret ou le cas des séries

Aux USA, le site Hulu.com propose de visionner la plupart des séries télé dès le lendemain de leur diffusion en streaming gratuit et légal.

Beaucoup de web-séries ont vu le jour sur Internet.

Mais il y a aussi "Pioneer On", cette série dont tous les épisodes sont diffusés gratuitement sur Internet. La série est entièrement financée par les dons sur Internet.

Selon HADOPI, le téléchargement affaiblie les libertés des artistes : ah bon ? Lesquelles ? Une liberté est par définition "un droit fondamental". Sauf que le code de la propriété intellectuel, n'est pas dans la constitution. Par contre la liberté d'expression, elle, et une liberté, car c'est un droit constitutionnel. Ce droit n'est absolument pas réduit par le téléchargement et le partage : bien au contraire !

Ensuite, on apprend que les gros protègent les petits. C'est en effet, en faisant croire que certaines lois protègent les petits, que les gros s'en mettent plein les poches. En effet, si une petite entreprise voit un gain après cette loi, une entreprise dix fois plus grosse, verra l'équivalent de dix fois ce gain. Par exemple, HADOPI surveille plusieurs œuvres sur Internet. Or les œuvres des majors, même si ces sociétés sont dix fois plus grosse, le cas particulier des média veut que ces œuvres sont mille fois plus vendues et donc mille fois plus partagée. En faisant semblant de protéger les petits, ce sont les gros qui profitent le plus du système HADOPI.

Ensuite, la HADOPI vous explique que vous êtes responsables des actions d'autrui : une exception dans la loi française ! Ce que les experts des plus grandes sociétés n'arrivent pas à faire, vous devrez en être capable : vous devez protéger votre ligne Internet. Chapeau bas ! Soyez égoïste (et donc de droite) ne partagez pas votre ligne Internet avec votre voisin et les passants dans la rue. Moi, je suis un rebelle écolo (car oui, le chiffrage WEP consomme des cycles de calculs inutilement et consomme donc de l'énergie) : mon accès est sans mot de passe.

Mais surtout, si vous prêtez votre ligne à un ami de passage, selon HADOPI, vous serez responsable de ses faits et gestes : une garantie impossible, car l'espionner un ami ou un membre de votre famille pendant des conversations privées en ligne est tout aussi interdit que le partage de fichier ! Ce genre de problème juridique, se règle en général devant un juge. Il est à espérer qu'il n'y ait pas de juge assez corrompu pour estimer que le droit d'auteur est supérieur au droit à la vie privée, même envers ses parents ou son époux.

En passant, commencez à surveiller ses ados sur Internet, c'est tout un programme !

Les solitudes de Sarah ou le cas des livres

C'est clair, sans HADOPI, Sarah traînera sur Facebook, aura plein d'ami, et sera obligé d'écrire sur son blog "les amitiés de Sarah", recevant le prix Zuckerberg du meilleur blog de l'année.

Avec HADOPI, son accès sera coupé, et elle pourra écrire "Les solitudes de Sarah", recevant le dernier prix littéraire de tous les temps, puisque les livres seront tous remplacés par Internet.

Juridiquement parlant, les "avertissements" sont en fait des punitions, car ils vous font monter d'un cran vers la punition réel. Comme il est quasiment impossible de contester cette montée, le système est illégal. Mais comme pour l'instant, aucune punition n'a été distribuée, tout va bien. C'est le jour où il y aura des coupures d'Internet qu'ils auront des problèmes.

Et encore une fois, personne n'a jamais aidé quelqu'un à écrire son premier livre. Sachant comment vivent les auteurs de livres, au delà des fantasmes : seuls quelques élus peuvent réellement vivre du livre. Internet ne fait que rendre inutile les métiers d'éditeur et de distributeur. Ce sont ces intermédiaire qui vont y perdre le plus, pas les artistes.

mercredi 21 septembre 2011

Le débat des primaires socialistes

Voici la vidéo intégrale du débat :




Insolite : celui qui a mis en ligne cette vidéo, c'est Dieudonet.

Je parie que cette vidéo ne restera pas longtemps en ligne à cause des droits d'auteur.

lundi 19 septembre 2011

Droit d'auteur et fausses idées reçues

Contre tout avis démocratique et d'intérêt général, le conseil européen (composé des ministres de chaque pays membre de l'Union Européenne) a adopté l'extension des droits d'auteur.

Tentant d'en discuter autour de moi, je constate que certains ont du mal à comprendre que l'extension des droits présents, bloque sévèrement toute création future, car l'histoire montre que l'art se nourrit de l'art : la création se sert de l'existant pour en faire des créations dérivées, qui peuvent être tout aussi géniales que l'original, sinon plus.

Passons (pour l'instant) au dessus de cette première idée, pour arriver à l'idée reçue qui veut que l'extension des droits protégera nos "pauvres" auteurs, et permettra d'inciter à la création.

La Musique (oui.. la musique)

La rémunération des artistes en rapport avec leur droit d'auteur vers la fin de leur vie, sera essentiellement assuré par la SACEM. Étudions de près cette magnifique entité.

Cette société de droit privée en charge d'une mission publique, se doit répartir les droits d'auteur auprès de ses 100 000 sociétaires. Dans les faits, deux tiers d'entre eux ne touchent rien. Seulement 8,9% gagnent au dessus du smic et 2 000 au dessus de 15 000 € par an.

Quand vous adhérez à la SACEM, sachez que certains sociétaires sont plus égaux que d'autres. Il y a trois niveaux : membre de base, membre professionnel et membre définitif. Pour être membre professionel, il faut toucher au dessus d'une certaine somme de la part de la SACEM. Une autre barrière financière permet de passer membre définitif.

Alors que le membre de basse n'a qu'une voix, le membre professionnel en a 16. Le membre professionnel a aussi le privilège d'être averti des assemblées générales et de recevoir des bulletins de vote. Le membre de base doit se déplacer à Paris pour voter ; tout est fait pour le décourager à s'exprimer.

Le nombre de membre professionnel ou définitif est d'à peu près 2 500, à peu près le nombre de ceux qui touchent au dessus de 15 000€ ou plus par an : c'est logique puisqu'il faut un certain niveau de revenu de la part de la SACEM pour rentrer dans cercle privilégié des professionnels.

Le coût de l'adhésion à la SACEM est de 116 €, avec des critères de notoriété.

Il faut surtout noter que dans le E de SACEM, il y a les éditeurs. Ce sont eux qui ont la plus grosse part du gâteau (et qui changent rarement). La répartition étant opaque, mieux vaut ne pas critiquer la SACEM quand on est auteur ou compositeur. Comme elle est le seul organisme de collecte en France, les auteurs et les compositeurs n'ont pas d'autre choix.

Et encore, si vous faites partie des élus pour toucher le magot, il va de soi que vous avez beaucoup plus de revenus par ailleurs, grâce à votre succès, au travers de concerts par exemple. La SACEM ne vient qu'améliorer votre quotidien.

Comme elle aime à le raconter, la SACEM a été fondée par un auteur et un compositeur qui ont refusé de payer leur consommation dans un café qui jouait leur musique. Voilà ce que permet la SACEM : se payer un bière. Quand on s'appelle Johnny Hallyday, un concert au stade de France représente toute une vie de SACEM.

Mais en regardant la rémunération des hauts cadres de cette société, 235 millions d'euros par an en moyenne pour les cinq premiers dirigeants, on comprend mieux pour qui carbure la SACEM : avant tout pour elle-même. En l'absence de concurrence, elle aurait tord de se priver de taxer à fond les contributeurs.

Tarif qui dépend d'accord corporatiste, taxation sans fondement comme avec les cybercafé, et arrangement avec chaque corporation. Selon le fait qu'un cafetier appartiennent à un syndicat, un autre syndicat ou aucun syndicat, il paiera différemment. Les tarifs résultent plus de la connivence politique qu'une loi des marchés, ou d'une réelle utilité pour le commerçant.

L'allongement des droits d'auteur va inciter les éditeurs à se transformer en gestionnaire de catalogue, au lieu d'investir sur de nouveaux talents. En ressortant tous les vingt ans, les mêmes titres, mais avec des groupes différents, c'est le jack-pot assuré, et la mort de la créativité.

Mais le premier bénéficiaire est la SACEM, elle-même.

* A lire : ramener au nombre d'auditeurs Internet rapporte 9 fois plus qu'une radio, quoique tente de faire croire la SACEM et ses membres éditeurs.

Le cas des œuvres collectives

Parlons un peu du cas des journaux, des dictionnaires, des films, des jeux vidéos, séries télés, et cætera où les auteurs sont rémunérés au forfait. En effet, dans le cas des œuvres où chaque auteur n'a pas une contribution suffisante par rapport à l'ensemble de l’œuvre, l'auteur peut demander (et il est fortement incité par le producteur) à céder ses droits contre une rémunération forfaitaire.

C'est bien entendu le cas le plus courant. Bien évidemment c'est le producteur qui ramasse tout. Sans le producteur, pas d’œuvre : l'auteur est obligé d'accepter. Ces producteurs sont les premiers concernés par l'allongement des droits d'auteur. Comme souvent, une loi présentée comme étant censé protéger les petits (ici les auteurs), offre des avantages énorme à des gros, déjà trop gros (les majors du cinéma, du disque, des éditions, etc).

N'oublions pas aussi, les auteurs en sous-main (les nègres). Le système avantage tellement les auteurs, que certains grands noms se font écrire leur livre par quelqu'un d'autre. Là encore, il y a un échange : sans la réputation du faux auteur, le livre n'a aucune chance de se vendre. En contre-partie, le véritable auteur est rémunéré au forfait. Hommes politique, vedettes de la télévision sont des abonnés réguliers à cette mascarade, pourtant interdite par la loi. N'ayant pas le temps ou le talent, ils seraient bien incapable de pondre la moindre ligne intéressante.

* Le rapport de l'ADAMI où on apprend que les artistes interprètes sont payés au forfait après renoncement des royalties, à un salaire inférieur au SMIC

Cinéma

Parfois, le producteur peut faire miroiter des gains au travers des royalties, s'il veut payer très peu l'un des acteur, le réalisateur, le scénariste, ou tout autre contributeur à l’œuvre finale.

Comme le montre le cas récent de Harry Potter et l'Ordre du phoenix, les société de production se facturent à elle-même des frais suffisamment élevés pour que personne d'autre ne puisse toucher de royalties.

Vous avez signé des royalties sur les bénéfices nets du film : vous vous êtes fait avoir !

L'allongement des droits d'auteur ne va profiter qu'à ces sociétés, mais jamais aux auteurs.

Livre

La rémunération au forfait d'un seul auteur est strictement interdit par la loi. A la place, les éditeurs vous verse un "à-valoir" c'est à dire une avance sur les royalties ; royalties qui sont à 7% du prix de vente hors taxe du livre. Une avance de 2 000 € pour un livre vendu à 15 € TTC, représente 2 000 exemplaires vendus, ce qui représente pour les livres, une excellente vente.

A noter : j'ai pris le taux que la profession met en avant : 7%. La réalité semble plutôt être à 3% ou moins pour un auteur débutant en dehors des grands éditeurs.

Moyennant quelques subterfuges, vous ne verrez jamais vos royalties, mais au moins le "à valoir" est bel et bien dans la poche de l'auteur, car il est non remboursable. Quels sont les subterfuges ? Les mêmes que dans la musique ou les films : la facturation abusive de services (promotion, photo de couverture, vidéo-clip pour la musique, frais de destruction des invendus, frais de stockage, etc), et le non comptage de 10% des livres, qui sont soit-disant offerts à la presse (on peut imaginer, qu'ils sont aussi offerts aux libraires pour la promotion). Même si les lois récentes obligent les éditeurs à fournir les chiffres des ventes, personne ne les contrôle.

Comme toujours, dans l'industrie du divertissement, le nombre d'élu est très réduit, mais gagne beaucoup.

* rapport de la SCAM commenté
* Les pratiques à la limite de la légalité de certains éditeurs
* Ce que gagnent les auteurs

Très peu d'élus pour beaucoup de succès

Dans l'industrie du divertissement et des média de masse, le gagnant remporte souvent tout. Internet est là pour ramener la culture de niche, et de la diversité. Il est maintenant rentable de viser un noyau dur de fans (comme le fait Marc-Édouard Nabe, dont voici le site de vente et d' "anti-édition" comme il veut qu'on le dise).

Mais encore, nous avons vu que ce sont les gros producteurs qui touchent le plus. Le système "droit d'auteur" censé protéger l'auteur, a été largement détourné pour les profits des majors, sur le dos des auteurs. Encore une fois, Internet est là pour bouleverser l'ordre établi en permettant aux auteurs de se passer d'intermédiaires avec son public. (Médiapart, Arrêt sur Image sont autant d'exemples qui s'ajoutent à Marc-Édouard Nabe)

Si le droit d'auteur, tout comme le système des brevets, incite à la création et à l'innovation, un système qui protège sur une trop longue durée, va au contraire bloquer les créations futures. Une invention, se basse toujours sur des technologies existantes pour les améliorer. Les anciennes œuvres doivent rentrer dans le panthéon du domaine public, pour pouvoir être utilisé librement comme une base culturelle commune.

vendredi 16 septembre 2011

Jean-Michel Jarre contre Internet

Jean-Michel Jarre (ou JMJ pour les intimes) colporte ses idées sur Hadopi :


Jean-Michel Jarre et l'Australie :



Ce n'est pas la première fois qu'il parle de la HADOPI, de la faune australienne et de ses idées sur le sujet. Mais profitons de cette fois-là pour descendre ses arguments.


Jean-Michel Jar Jar Binks ne sortira sans doute pas son single, et c'est tant mieux !



Qui est Jean-Mimi ?
Si vous avez moins de 20 ans, vous découvrez ce faux jeune à la chevelure sortie tout droit des années 1980s. A se demander s'il n'a pas aussi les baskets à la McGyver qui vont avec.

Avant Internet (1994 pour le grand public) et avant même que des ordinateurs 8bits envahissent les maisons vers les années 1980, ce musicien utilisait les synthétiseurs pour sortir des sons futuristes à l'époque et jamais entendus. Il est devenu la référence de la musique électronique pour le grand public français des années 1970.

Ce qu'il faisait sur des synthés hors de prix de l'époque, n'importe quel musicien peut le faire maintenant. (Voici un exemple au hasard) JMJ a donc profité temporairement d'avancés technologiques pour se distinguer des autres compositeurs de l'époque.

Quand Jean-Michel Jarre disait "Piratez-moi !"

Les fournisseurs d'accès à Internet ne doivent pas payer

Les fournisseurs d'accès à Internet (ou FAI) sont des intermédiaires techniques (et devraient le rester, mais c'est un autre débat). C'est à dire qu'il fournissent aux clients des tuyaux pour que les informations passent, mais qu'ils ne sont absolument pas responsables de ces informations. Au nom de quoi, devrait-il être faire payer leur client, un surplus ?

Les FAI ne sont pas les "fournisseurs de données" comme le dit JMJ, mais des transporteur. C'est comme si on demandait à la poste de payer les artistes parce que certains colis peuvent contenir des CD et des DVD de musique : il n'y a clairement aucun rapport, car Internet ne sert pas qu'à transporter des données illégales.

Le chiffre d'affaire des fournisseur d'accès est plus proche du demi milliard que des prétendus plusieurs milliards de JMJ. Free du groupe Iliad a un chiffre d'affaire 431 millions d'euros pour 2010. Mais ce chiffre d'affaire sert à payer des gens qui travaillent réellement aujourd'hui, et l'infrastructure du réseau. Est-il juste de prendre une part pour quelqu'un qui a travaillé une fois il y a 70 ans ?

Heureusement, la loi est là pour nous protéger. Il est interdit de faire payer une activité illégale. Tant que les internautes sont considérés comme des pirates, il est impossible de faire payer les FAI. Pour pouvoir les faire payer, il faut d'abord légaliser tous les échanges de fichiers musicaux sur Internet.

Approximation de la licence globale

Je suis contre la licence globale, mais pour d'autres raisons que JMJ.

La licence globale ne consiste pas à remplir son caddieTM pendant un mois de marchandise d'un supermarché. Contrairement aux marchandises d'un supermarché, la musique est immatérielle. C'est plutôt avoir le droit d'entrer dans une exposition est d'avoir le droit de photographier tout ce qu'on voit, sans les toucher. C'est ce que tout le monde fait tout le temps, sans rien payer de plus que le droit d'accès à l'exposition.

A bas la "valeur" de la musique

Ce qui est aberrant, c'est le privilège des auteurs et compositeurs de musiques. Soyons honnête, certaines paroles ne cassent pas trois pattes à un canard.

Je suis pour que le législateur se penche sur les droits d'auteur, mais pour q'il rééquilibre le système entre intérêt de ceux qui détiennent les copyrights et intérêt public. La balance penche trop du côté des copyrights.

Mon plombier, qui est un artiste reconnu dans mon quartier, malgré sa grande maîtrise du chalumeau, n'est payé que pour le robinet qu'il vient d'installer. Imaginez qu'on paie ses héritiers 70 ans après la mort du plombier. C'est ce qui se passe pour la musique.

Alors que des paroles de chansons peuvent parfois tenir sur une feuille de PQ, il m'est difficile de concevoir que ce travail mérite une rémunération aussi longue. C'est une insulte à tous les employés de France.

Approximation sur les brevets

En fait les brevets ont une durée de vie de vingt an à condition de les renouveler tous les ans. Je suis tout à fait pour rapprocher les droits d'auteurs vers le système des brevets, ce qui serait beaucoup plus logique. Le renouvellement doit être une action active et payante de la part de l'auteur, pour éliminer tout ce qui n'est pas rentable.

Ramener les droits à vingt ans encouragerait aussi la création. Au lieu de les diminuer, le conseil européen des ministres a validé contre tout avis démocratique, un allongement de la durée à 70 ans, avec effet rétroactif. La création, se servant de l'existant pour créer de nouvelles œuvres : nous assistons à une prise d'otage de la culture, et un frein majeur à l'innovation.

Mona Lisa

Mona Lisa vaut chère, car elle est unique. Par contre, les photos de La Joconde qui la reproduise très fidèlement sont elles libres de droit (même si les musées ont tenté d'inventer des "droits d'auteur" sur les œuvres de leur collection). Mais ce qui coûte le plus cher, est sans doute l'entretien et la restauration du tableau.

Jean-Michel Jarre a vendu lui aussi un disque unique, mais n'a pas réussi à le vendre aussi cher, très loin de là. On peut comprendre qu'il garde de la rancune contre ce tableau.

vendredi 9 septembre 2011

Contre le prix unique du livre

La France est vraiment un pays qui a un rapport étrange avec son industrie du divertissement.

Comme je l'ai déjà écrit, les français ont tendance à confondre culture et divertissement.

Le prix unique du livre fait partie de ces arnaques politiciennes. Qu'il est bon pour un homme politique de passer pour le défenseur du bon goût français qui illumine le Monde (NdA : c'est ironique). Notez aussi que le livre bénéficie d'une TVA réduite, alors qu'il s'agit d'un produit non essentiel.

Le principe du prix unique

Le prix unique consiste à limiter à 5% la remise possible sur le prix dit "éditeur" (celui qui est imprimé en couverture) pour un livre neuf en stock depuis moins de six mois. En contre-partie, l'éditeur s'engage à racheter les invendus.

Le prix unique du livre est une mesure censée empêcher la disparition des petits libraires. Mais aussi permettre à tous les français de payer le même prix. Dit comme ça, ça paraît beau. Mais en renversant la phrase, ça signifie que les libraires les mieux placés seront obligés de vous vendre largement plus chers que leur seuil de rentabilité.

Cette absence de concurrence est avant tout préjudiciable pour les consommateurs, qui paient de toute façon le prix fort, même pour les vieux titres, car ils ne sont jamais dans le stock du libraire, puisqu'en pratique il n'a pas besoin d'avoir de stock.

Un fonctionnement logique, voudrait que le libraire fasse gaffe au livre qu'il commande en fonction de son public, et qu'il solde les invendus. Avec le système du prix unique, le libraire n'est pas concerné par les invendus. Les éditeurs sont encouragés à passer au pilon les invendus pour préserver la valeur perçue des livres.

Le prix unique du livre, c'est du gaspillage


L'horrible exception Française

Le prix unique du livre est réellement une exception française. Aux USA, quand deux magasins proposent des prix similaires, ils sont soupçonnés d'entente illégale sur les prix. Les magasins ont donc l'obligation de ne pas avoir de prix identiques. L'Union Européenne soupçonne les éditeurs français de s'être entendu sur le prix des livres numériques. Aux USA, une enquête sur Apple a été lancé : ils sont soupçonné de trop standardiser les prix (entre abus de position dominante et entente sur les prix).

Ce qui est imposer par l'état d'un côté, est strictement interdit de l'autre. Le prix unique (surnommé "inique") du livre est vraiment une exception française.


Pourquoi devrait-on sauver les libraires ?

C'est toujours triste quand un lieu qu'on aime disparaît, mais quand un libraire disparaît, c'est bien parce que son nombre de clients baisse, parce qu'il n'est plus assez utile à la société.

Nous avons droit à des campagnes "sauvons nos libraires" (en voici un autre exemple): je suis totalement contre.

Déjà, la "crise du livre" n'est absolument pas passagère. J'ai mis des guillemets car il ne s'agit plus d'une "crise", mais bel est bien de la fin du cycle de vie du livre papier après son apogée à l'âge industriel. Il est contre-productif pour l'état de vouloir préserver des secteurs d'activité en déclin.

Bien-sûr il y aura toujours des livres papiers, tout comme on vend toujours des disques de musique en vinyles, mais ça restera marginal.

La connivence entre le monde politique et l'édition

Les hommes politiques ont toujours eu besoin d'avoir quelques appuis incontournables. Or une vieille tradition française veut qu'un homme politique à un moment ou à un autre, écrive un livre. Je me demande souvent quand ils peuvent avoir le temps d'écrire, vu qu'il n'arrive pas à faire des choses autrement plus importantes, comme assister aux séances de l'assemblée nationale. Et d'où leur vient leur talent soudain pour l'écriture ?

Ils ont donc besoin d'un nègre, que n'importe quel éditeur s'empressera de leur fournir gratuitement, contre retour d’ascenseur, le moment du vote des lois venu.

Le snobisme intellectuel a encore frappé

Bien-sûr, les libraires sont auréolés du mot culture, ce qui nous empêche de raisonner sainement. Il est totalement absurde de subventionner par l'argent de l'état des pratiques qui vont contre l'intérêt commun, et qui n'ont aucun avenir.

Pourtant c'est ce que fait l'état quand il ne taxe qu'à 5,5% les livres, quand il impose un prix unique, empêchant la concurrence de jouer son rôle, empêchant la vente en solde des livres invendus : que de gaspillage !

Sachant que les livres les plus vendus, ce sont des histoires d'amour du style collection Arlequin. Dans la pratique, nous sommes très très loin de la soit-disante culture que veut défendre le prix unique.

Nous mélangeons culture et divertissement. Le livre est avant tout un objet de divertissement. La TVA à 5,5% n'est absolument pas justifiée pour un produit de divertissement.

Si les livres ne se vendent pas assez pour faire vivre telle ou telle partie de la chaîne de production d'un livre, ce n'est pas à l'état d'intervenir pour sauver les éditeurs, les libraires ou les imprimeurs. S'ils ne font pas assez de chiffre d'affaire, c'est qu'ils ne sont pas suffisamment utiles pour la société. C'est aller contre l'intérêt commun de vouloir maintenir en vie des sociétés non rentables, et à partir du moment où ces sociétés ne rendent pas un service public essentiel et irremplaçable : dans le cas des livres, il existe maintenant des sociétés de vente par correspondance qui remplace avantageusement les libraires locaux.

Le prix unique du livre numérique

Plutôt que de pérenniser notre idiotie nationale en inventant un prix unique du livre numérique. Il aurait mieux valu libéraliser totalement le prix de tous les livres.

Un livre numérique doit voir sa valeur baisser au fur et à mesure du temps, afin de favoriser sa vente. Une sorte de vente au enchère inversée. Car sur Internet, le nombre de copie produite n'a pas de limite : c'est un marché d'abondance. Il faut donc jouer sur l'envie qu'à l'acheteur de l'acquérir le plus tôt possible, par rapport à son budget effectif. Avec le prix dégressif dans le temps, chacun pourra se l'acheter selon ses moyens, les plus snobs pouvant se vanter de l'avoir acheter avant tout le monde.

C'est d'ailleurs ce système qu'utilise Steam Powered pour les jeux vidéos, avec même des bonus ou des réductions pour ceux qui achète en pré-commande.

En passant, la loi sur le prix unique du livre numérique se heurte à une impossibilité juridique : comment imposer à un vendeur situé à l'étranger de respecter la loi française ? Des logiciels comme TOR permettent de passer commande de n'importe où. Comment appliquer une loi inapplicable ? C'est tout simplement impossible.

Conclusion

Le livre se meurt : vive le livre.

Comme pour un pansement, mieux vaut l'arracher d'un coup que tout doucement. Je préconise la TVA à 20% et la fin du prix unique. Ainsi pas d'agonie longue et douloureuse : les libraires qui n'ont pas de modèle économique viable, fermeront plus rapidement leur porte.

mercredi 7 septembre 2011

Hatsune Miku

Hatsune Miku est l'un des phénomènes en lien avec la créativité et Internet des années 2007 à aujourd'hui. Pourtant, si vous en avez entendu parler dans les média traditionnels, c'est sûrement en ces termes : "regardez, ces japonais débiles qui s'extasient devant un hologramme" : exemple par l'autoproclamée "spécialiste Pop-Culture" de Canal +. (Exemple en apparence neutre mais avec autant d'omission : France Soir).

Les mensonges des journalistes

Pour une "spécialiste pop et nouvelle tendance", la journaliste de Canal + mérite un zéro pointé.

Notons d'abord qu'il ne s'agit pas d'un hologramme, mais d'une représentation "3D" en 2D du personnage, ce qui signifie simplement que le dessin en deux dimensions respecte des règles réalistes de perspective visuelle.

Un jour, j'écrirai un article développant la fausse neutralité des média français, et comment on peut déformer la réalité par l'omission. Nous voici devant l'un des nombreux exemples.

Première omission : l'histoire du personnage, pourtant facile à trouver, grâce à Internet. Mais lire Internet, c'est sans doute pour les débiles.

Deuxième omission : le contexte du concert. Les concerts de Hatsune Miku ont eu lieu dans le cadre de festivals d'animation, assurant aux organisateurs une concentration de fans suffisant pour remplir la salle de concert. En plus, comme dans tout festival (de musique, scientifique, etc..), les organisateurs proposent des billets donnant accès à toutes les activités. Donc les personnes étant dans la salle, n'étaient pas là spécifiquement pour voir la chanteuse virtuelle, mais dans un esprit de divertissement autour de thèmes communs tout au long d'un week-end.

Troisième omission ou ignorance manifeste : les premiers à avoir inventé la vedette virtuelle, ce sont nous, les européens. Eh oui, si les japonais sont débiles, nous le sommes encore plus ! Le premier groupe virtuel, composer de chanteurs et de musiciens interchangeables (sauf la voix du chanteur principal) est Gorillaz. Et ils font des concerts virtuels.

* Vidéo du concert de Gorillaz sur Youtube (que Youtube ne veut pas qu'on incorpore dans des blogs)

* Gorillaz et Madonna :


Pour une spécialiste de la "Pop", elle ne connaît même pas ses classiques.

La naissance Hatsune Miku

Hatsume Miku est la toute première version du logiciel japonais de musique nommé vocaloid 2. Ce logiciel est commercialisé avec un dessin à la japonaise pour illustrer la boîte. Cette illustration est alors la seule existante :


Le logiciel qui est à destination des compositeurs et auteurs de paroles, a pour but de donner une voix aux compositions musicales.

Le logiciel Vocaloid 2 a été dérivé en 22 versions, apportant chacune des voix différentes (et des couvertures de pochette apportant des personnages supplémentaires), mais c'est le premier de la série (Hatsume Miku) qui restera vraiment emblématique.

Le logiciel contient toutes les syllabes japonaises (48 en tout) que l'on peut relier à un clavier de synthétiseur pour les rejouer sur la durée et la note voulues. Vous tapez vos paroles, puis vous les jouez au clavier (de type piano) : on ne peut pas faire plus simple.

Le décollage par Internet

Hatsume Miku va alors profiter d'un mème Internet qui n'a au départ rien à voir : la fille au poireau. La chanson est "Ievan Polkka" par Loituma un groupe finlandais. Le complet de la chanson utilisé est du scat, et n'a donc aucun sens. Le légume utilisé n'est pas un poireau, mais peu importe.


En passant, la chanson d'origine est très jolie, aussi bien dans sa version d'origine de Loituma que dans sa reprise par Nova Vox.

Un mème ou phénomène Internet se traduit par le fait que ce contenu est fortement partagé sans que cela vienne d'une décision centralisée (comme un directeur de programme de télé ou un rédacteur en chef).

Un mème Internet fournit ainsi un point de référence culturel commun à plein de personnes, permettant l'apparition de travaux dérivés, servant à relancer et à agrandir le mème d'origine. (exemple pour Loituma Girl)

L'un de des travaux dérivés de la fille au poireau est la reprise de la chanson par Hatsume Miku, avec une animation de trois images ou elle tient un poireau :


Ainsi, le poireau devient le "sceptre" officiel de Hatsume Miku, qui réapparaîtra régulièrement, bien qu'il ne fasse pas parti de son concept original.

En passant : oui, ce mème a aussi été repris par une société de sonnerie de téléphone, qui lança la chanson Dolly Song avec Holly Dolly (qui n'échappa pas à la critique de la récup).

Ce qui était à la base une simple blague par dessus une blague devient le décollage du concept : Hatsume Miku se retrouve avec des milliers d'auteurs-compositeurs amateurs. Dans le lot, il y a forcement de très très bons morceaux qui émergent. Même si le style "Pop japonaise" est le plus apprécié au Japon, le logiciel offre une utilisation sans limite dans tous les styles de musique existant.

L'extrait utilisé dans le grand journal de Canal +, était un morceau de techno très simple. Cette musique n'a pas été choisie par hasard : c'était la moquerie de ce qui n'était pas de l'élitisme français (voir parisien intra periphero) qui a été mis en avant.

En lien, voici une liste non exhaustive des chansons originales et des reprises de Hatsume Miku.

Ainsi la vedette devient réellement un phénomène de création participative, ou un compositeur peut demander de l'aide pour les paroles ou la réalisation d'un clip vidéo. Elle sera même utilisé dans des chansons d'album d'artistes des majors du disque.

Voici une reprise magnifique "a capela" (si l'on peut dire), de la chanson du générique de fin de Laputa :


La voix de Hatsume Miku sera de nouveau utilisé dans un autre mème encore plus célèbre : Nyan Cat


Le logiciel de danse

En plein boum de la vidéo par Internet, il ne manque plus qu'à donner un peu de visuel aux morceaux de musiques qui fleurissent.

Un logiciel gratuit créé par un fan apparaît : "Vocaloid Promotion Video Project" aussi nommé "Miku Miku Dance". Il devient le plus utilisé et des concours sont organisé autour de ce logiciel.

Le remake de "Virtual Insanity" :


La comparaison avec l'origianle de Jamirocaï :


Le remake de la vidéo d'introduction du festival Daicon IV (1983) avec la chanson "Twilight" de Eletric Light Orchestra :


Le remake de "Smooth Criminal" de Micheal Jackson version concert avec d'autres personnages que Miku :


Je vous invite à rechercher "MikuMikuDance cup" sur Youtube.

Les japonais : champions du marketing

Plusieurs jeux vidéo ont vu le jour sur PSP et PS3. Nintendo a annoncé un jeu sur 3DS.

Sony Music a signé avec certains des auteurs et des compositeurs amateurs pour sortir des albums "officiels" de Miku.

La récupération pour les concerts "virtuels" n'est qu'une suite logique du phénomène.

L'avantage du personnage est qu'il aura toujours 16 ans (l'âge idéal des chanteuses "idoles" japonaises, mais aussi l'âge du public réellement visé par le marketing musical au Japon, bande de pervers !)

Et le logiciel Vocaloid 3 est sur les rails : encore plus réaliste.

Ceci n'est pas la fin !

Liens
* Hatsune Miku sur Wikipedia
* Hatsune Miku sur Rue89
* Hatsune Miku par Ermite Moderne partie 1 et partie 2

Parmi les vidéos les plus vues :


jeudi 25 août 2011

Le manuscrit de Voynich

Le manuscrit de Voynich est un livre écrit à la main qui a été acheté en 1911 par Wilfrid Michael Voynich. Le parchemin du manuscrit a été daté au carbone 14 entre 1404 et 1438 ; ce qui signifie qu'il n'a pu être écrit avant, mais il a bien pu être écrit largement après.

Une lettre de 1666 affirme que le livre aurait été acheté par l'empereur Rodolphe II (1552-1612). Le livre a donc été écrit entre ces deux dates. La lettre en question affirme que le livre aurait été écrit par Roger Bacon (1214-1294), ce qui est contredit par la datation au carbone 14. La date d'achat supposée serait 1580.

La particularité de ce livre, est qu'il utilise un alphabet inconnu. Même si le livre est couvert d'illustrations et que le livre ait beaucoup de pages (240 pages plus 32 manquantes), le sens du texte demeure un mystère.

Pendant la première et la seconde guerre mondiale, ont été inventés de nouvelles méthodes de chiffrement, et bien entendu, dans chaque camp, des experts en cassage de code chiffrés ont aussi été réuni.

William Frederick Friedman, rien de moins que le chef du département de cryptographie de la NSA, s'attaqua avec les meilleurs spécialistes à ce texte.

Bien d'autres personnes se sont attaqués au texte. Si ce texte avait été une suite aléatoire de lettres, il aurait été laissé à l'abandon depuis longtemps. Sauf que l'étude statistique des lettres ressemble clairement à une langue humaine naturelle. Le texte vérifie la loi de Zipf. Mais d'autres indices montre que le texte est bizarre : des répétitions en triple de lettre, de groupe de lettres, et même de mots le rende suspect. Enfin, l'étude de l'entropie du texte (théorie de l'entropie de l'information inventée par Shanon) indique que le texte ressemble à une langue artificielle, celle de George Dalmago (1626-1687). Mais Dalmago aurait publié ses travaux sur cette langue en 1661.

Nous avons donc deux hypothèses sur ce texte :
- ce texte est une supercherie
- ce texte contient de l'information

Edward Kelley : un bon candidat pour l'arnaque

Si le texte est une supercherie, la motivation est toute trouvée, car le manuscrit a été acheté 600 ducats (pièces d'or) par Rodolphe II soit l'équivalent de 50 000€ actuels.

Nous avons un candidat crédible à l'arnaque : Edward Kelley. En effet ce "médium" prétendait pouvoir parler aux anges. Il vivait aux crochets de John Dee, qu'il arnaquait. Ensemble ils avaient inventé un alphabet et une langue, dit l'énochéen. (En passant, l'énochéen est encore utilisé par les arnaqueurs médiums modernes dans les séances de spiritisme, et a été repris dans un épisode de Supernatural, ce qui risque de le remettre au goût du jour).

Mais comment l'auteur a-t-il pu générer un texte avec de tels propriétés statistiques, avec les moyens de mathématiques rudimentaires de l'époque.

Le mathématicien Gordon Rugg a réussi à produire du texte ayant certaines des propriétés statistiques du manuscrit. En utilisant une méthode systématique le livre aurait pu être produit en moins de quatre mois. Gordon Rugg a utilisé un cache troué, qu'il déplace sur une grille de texte. L'idée lui vient d'une méthode de chiffrement de l'époque, mais aussi du fait que John Dee et Edward Kelley jouait beaucoup avec des grilles de lettres énochéennes, pour former les noms des anges. Si vous voulez voir le délire de ces deux compères, je vous recommande ce site en trois partie : partie 1, partie 2 et partie 3. C'est la "grande table de la Terre" et son sens de parcours bizarre qui a certainement guidé Gordon Rugg.

Et si le texte contenait de l'information

Le fils de John Dee a écrit dans une lettre qu'alors qu'il avait 8 ans, il se rappelle que son père travailler sur un texte avec une écriture qu'il n'arrivait pas à déchiffrer. La mémoire et les connaissances d'un enfant de huit ans peuvent tout de même jouer des tours ; ce témoignage est tout de même à prendre avec précaution.

Quand on écrit un livre, le but est de transmettre le savoir. Nul besoin de passer autant de temps à illustrer et écrire un texte pour de simples notes de travail. Il est donc extrêmement étrange d'écrire un texte que personne ne puisse relire. Le capitaine Curvier, cryptographe de l'US Navy, a relevé que le texte avait été écrit par au moins deux mains différentes, mais il irait même jusqu'à dire qu'il y en aurait probablement huit. Si plusieurs personnes pouvaient comprendre le texte, l'existence du livre a alors un sens.

Mais, selon lui, des caractéristiques "grammaticales" (terminaisons) sont différentes selon la main, parmi les deux mains dont il est sûr. Les autres parties de texte des autres mains sont trop courtes pour conclure quoique ce soit.

Ces différences dans la "langue" peuvent n'être que des différences stylistiques.

Le contenu n'a aucun intérêt

Que le texte ait un sens ou pas, n'a que peu d'importance, car les connaissances qu'il renferme sont fausses ou déjà connues. L'intérêt est donc purement intellectuel.

Pourquoi le texte est-il chiffré ? Puisque le texte touche des domaines ésotériques, on pourrait se dire qu'il y a un intérêt à cacher ses activités. Mais John Dee et Edward Kelley touchaient ouvertement à ce genre de domaine.

Peut-être comme Léonard de Vinci, qui voulait éviter de se faire voler ses idées. Mais Léonard a eu l'intelligence d'utiliser un système de chiffrement évident (écrire à l'envers, pour être lisible dans un miroir). Ainsi ses connaissances pouvaient tout de même être comprises, une fois le système connu.

Mais on peut se retourner du côté de l'arnaque : faire croire que le texte est dangereux. Vu qu'il manque 42 pages, le vendeur a pu faire croire n'importe quoi : "les pages les plus dangereuses ont été brûlée" ou "ce sont les pages que j'ai réussi à déchiffrer, mais je vous vend le reste car je n'arrive pas à les lire." Pour que l'empereur l'achète 600 ducats, le vendeur a dû bien promettre bien des choses, sur le contenu de ce livre.

Mais les pages manquantes peuvent aussi être des pages qui avaient commencé à être écrites. L'auteur de l'arnaque avait besoin d'un livre ancien pour être crédible. S'il n'avait pas de livre vierge, un livre presque vierge pouvait faire l'affaire. Mais le livre a été réarrangé ce qui fait tomber à l'eau cette théorie, car l'auteur de l'arnaque n'avait pas besoin de dissimuler le fait qu'il manque des pages : il n'avait qu'à démonter et remonter le livre pour retirer les pages écrites... (d'ailleurs cette théorie tombe à l'eau si on ne montait un livre que s'il était fini d'écrire...)

La non conclusion

Comme le disent les zététiciens modernes : "l'absence de preuve, est un fait".

Le fait qu'aucun spécialiste du cassage de code, n'est trouvé la signification, tend à prouver qu'il n'y a pas de chiffrement.

Si le texte a un sens, les spécialistes penchent pour une langue artificielle écrite en phonétique.

Si le texte n'a pas de sens, les spécialistes aimerait bien comprendre par quelle méthode l'auteur a généré le texte, pour qu'il ressemble autant à un texte ayant un sens, par certaines de ses propriétés.

Donc ceci n'est pas la fin du mystère.

Références

* La thèse de doctorat d'Antoine Casanova en français
* le manuscrit de Voynich en PDF
* le manuscrit de Voynich retranscrit avec des lettres européennes en substitution des caractères, avec les différences selon chaque transcripteur